Meriem Bouderbala

Meriem Bouderbala est née en 1960 à Tunis (Tunisie). Sa double appartenance française et tunisienne a conduit son travail de plasticienne vers ce qu'elle appelle son "devenir minoritaire" (ce que Gilles Deleuze a formulé non pas comme une mise à l'écart, une marginalisation, mais au contraire la force contenue dans le minoritaire). Peintre de l'empreinte, de la trace, de la mémoire, elle a pour palette la boue, le sable, l'écorce, la rouille, etc., et pour supports toute sorte d'étoffes et de papiers… Elle est commissaire d'expositions en Tunisie.

Une insondable énigme
Nous voilà soudain transportés dans les Mille et une nuits.
Des créatures fantastiques, mi-humaines, mi-déités, nous contemplent et se jouent de notre perception. Diffraction et kaléidoscope, les corps ne sont livrés que pour être méconnaissables.
Meriem Bouderbala n’est pas tombée dans l’erreur de Narcisse.Elle sait que tout reflet est mensonge, parce que ce reflet ne nous appartient pas. Il est, comme le disait Lacan, soumis à l’appréciation et à l’interprétation des autres. Dans ce miroir truqué, Meriem Bouderbala nous livre la vérité d’une humanité partagée entre l’intérieur et l’extérieur.
Les Mille et une nuits, disions-nous, en observant ces femmes, car il s’agit de femmes, de la même femme déclinée comme autant de djinns et de houris dans un improbable paradis.
La femme se trouve surdimensionnée, ramenée dans le même temps à son apparence essentielle : seins, sexe, jambes.
Le clin d’œil orientaliste, distancié et ironique, est là dans cette danse des sept voiles à laquelle il ne manque rien : bijoux, ceintures, perles, gestuelles ; l’artiste reproduit tous les artefacts de la séduction et transforme ses personnages en sirènes irrésistibles.
Un fantasme plusieurs fois millénaire corrigé par le refus affiché d’être un objet à prendre, et réincarné dans une manière de sphinx insaisissable qui ne livrerait son secret — celui que l’on ne peut pas voir — aux seuls êtres qui seront parvenus à résoudre quelque insondable énigme.
Nous devons, une fois encore, lutter contre la manipulation que nous imposent nos sens.
Simon N’Jami

Meriem Bouderbala was born in 1960 in Tunis, Tunisia. Her French and Tunisian roots are the basis of her work serving as a catalyst to create in her work “devenir minoritaire”, (what Gilles Deleuze states as a positive force in being a minority, on the contrary of being weak or marginal). Her works consists of traces and memories and has a pallet of mud, sand, bark, rust, etc, using a variety of fabrics and papers. She curates exhibitions in Tunisia.


 

Série Bedouinas, tirage argentique sur diasec, 160x120 cm, 2009

 

 

Série Blood film, Peinture sur verre, 100x60 cm, 2012

 

 

Série Psykedelik, Tirage argentique sur diasec, 170x120 cm, 2013

 

 

Série "Eclipse", 1992, papier, boue, ardoise et fer, 70x50 cm

 

Série "Eclipse", 1992, voile, sable et fer, 175x175

 

Série "Désert des Agriates", 1992, papier, cendre et fer, 140x140 cm